Rencontre 2
et voici la suite de...
Le deuil de l'Ange (in lettres à...)
" Je ne me lasse pas de le contempler, il m'habite. Son visage est lisse comme le marbre et tendre comme un pétale. Je l'assaille encore d'interrogations. Et quand je n'en ai plus, j'en invente, juste pour le regarder me livrer des mots, juste pour ce privilège, ce plaisir incomparable.
Il me répond fidèlement, manifeste toutefois quelque surdité quant à certaines questions mais toujours d'humeur égale, sans que je ne puisse rien discerner d'autre au suspens de sa voix que la lumière et que la Grâce. Alors l'espace entier résonne d'émotions.
Mais pour savoir ce qu'il pense de moi ?
Tu me désarmes, l'Ange. Ton sourire n'est pas humain et ta langue bien qu'utilisant les mêmes mots que la mienne ne leur imprime pas de semblables sens. En somme, nos codes diffèrent dessous le champ de l'apparence : ceux du "parler" comme ceux de "l'entendre".
Je te tends les mains et tu me laisses les bras ballants. Déjà la douleur de toi effleure mes sens. Ta présence relève du miracle, de l'inespéré mais inversement elle incarne aussi le danger. Danger que je ne la dépasse et ne la réduise en nécessité, en vitale exigence.
Nuit et jour je butte contre ta vraisemblance. Tu accapares mon esprit et confusément l'équivoque m'enserre le coeur et me projette dans l'irrationnel. Alors me vient cette évidence : je ne peux pas tout comprendre de toi et tu ne peux pas tout comprendre de moi. Tu n'attends rien de moi.
Mon corps a déjà tressailli, mon coeur est prisonnier, mon âme va bientôt tomber !
Car je crois bien que j'aime l'Ange. J'aime tout de lui, ses paroles, son aspect, son attitude et même ses silences.
Et n'ai-je pas joué avec le feu à force de le dévisager ? Croyant le conquérir, je n'ai fait que le rendre inaccessible. Plus je le veux, moins je ne puis le posséder car mon rêve n'a pas de reflet dans ses yeux. Seulement la cendre rouge soulevée par le vent malin. Il est souverainement infaillible. Son intégrité m'écorche le regard de ses incandescences. Elle ruisselle de son corps comme une eau de jouvence, abondante et limpide, comme une rosée d'or consacrant son éclatante luminosité."